10 октября 2008
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L`armee russe se remuscle mais reste un monde en crise

S`il a triomphé de la petite armée géorgienne sans grandes difficultés, l`ours militaire russe reste englué dans des affres matérielles et morales qui limiteront sans doute sa capacité à se lancer dans une nouvelle guerre froide avec les États-Unis.

Depuis la campagne militaire éclair menée par Moscou au mois d`août dernier en Ossétie du Sud, l`heure est officiellement à l`eu-phorie au sommet de la hiérarchie militaire russe et du pouvoir. Grisés par `le coup à la tête` qu`ils ont infligé en cinq jours à la petite armée géorgienne, selon les propres mots de Vladimir Poutine, les dirigeants relayés par des médias télévisés unanimes ne cessent d`annoncer le `grand retour` de la puissance militaire russe sur la scène mondiale. Des émissions sur les nouveaux muscles de l`ex-Armée rouge défilent sur les écrans, tandis que la rhétorique guerrière bat son plein avec l`objectif de contrer `l`encerclement de la Russie par l`Otan`. Le tapis rouge déroulé sous les pieds de l`éruptif Hugo Chavez par le Kremlin, et l`annonce d`une coopération militaire russo-vénézuélienne qui devrait déboucher sur des manœuvres communes, à la barbe de l`Amérique, participe de cette fièvre d`affirmation du nouveau `rôle mondial` que se voit jouer la Russie.

Alors que les bombardiers stratégiques russes n`hésitent plus à aller chatouiller les nerfs de leurs homologues européens et américains, en menant des patrouilles à la limite de leurs espaces aériens, le président Medvedev a d`ailleurs annoncé fin septembre une hausse substantielle du budget de la défense et une grande réforme de l`armée, présentée comme `la plus haute des priorités d`État`.

L`effort financier en faveur de la Défense devrait s`élever à près de 50 milliards de dollars en 2009, soit une augmentation de 22 %. Le budget de la Défense n`a cessé d`augmenter depuis l`arrivée de Poutine aux affaires, mais reste cependant modeste, au regard des 700 milliards de dollars du budget militaire américain. Et ce d`autant que l`utilisation réelle des dépenses votées reste très opaque, notait au printemps un rapport de l`ancien ministre réformateur Boris Nemtsov, qui insistait sur la corruption des forces armées.

Selon la plupart des rapports officiels russes, l`effort mené par le gouvernement depuis le début des années 2000 aurait pourtant déjà porté ses fruits, vu les résultats obtenus en Géorgie. L`armée russe est apparue plutôt mieux tenue et plus efficace qu`en Tchétchénie, où `l`opération de rétablissement de l`ordre constitutionnel` avait révélé la confusion et l`inquiétante décomposition d`une institution livrée à elle-même. `Ce qui est nouveau, note l`expert russe indépendant Alexandre Golts, d`ordinaire très critique, c`est que les militaires ont réussi à mobiliser des unités entières relativement préparées, et pas des assemblages hétéroclites de conscrits sans expérience.` `C`est le résultat de la réforme militaire en cours, qui a consisté à accélérer le passage d`une armée de conscription à un système mixte privilégiant les militaires sous contrat`, précise-t-il.

 

`Condamnée à se battre à l`aveugle`

 

Alexandre Golts, qui en cela partage l`avis de nombre d`experts occidentaux, reste cependant très sceptique sur la renaissance de l`armée russe. Derrière le `succès militaire` de Géorgie, se profile, selon lui, un bilan beaucoup plus mitigé, révélateur des problèmes graves et persistants de l`institution. Les matériels, vieux d`au moins 25 ans, ne correspondent pas aux exigences de la guerre moderne, leur blindage serait incapable de protéger efficacement les équipages contre les armes antichars. Certaines ru-meurs affirment même qu`au moins 15 % des véhicules envoyés en Ossétie du Sud n`auraient jamais passé le tunnel de Roki, en raison de pannes diverses. `Il faut surtout savoir que l`armée russe n`a pas de moyens de télécommunications et de reconnaissance modernes, ce qui la condamne à se battre à l`aveugle`, souligne Alexandre Golts, qui voit là l`explication de l`embuscade dans laquelle est tombé le général Anatoli Khrouliov, patron de la 58e armée qui s`est battue en Ossétie du Sud. Aucun travail de reconnaissance n`ayant été effectué, le haut gradé a été blessé et évacué à la hâte. Aucun drone russe n`a participé à l`opération.

`L`armée russe se bat comme pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est par exemple frappant qu`aucun hélicoptère n`ait participé aux combats`, insiste Golts. Christopher Langdon, qui suit les questions militaires russes à l`Institut d`études stratégiques de Londres, parle d`une guerre gagnée `grâce à la supériorité écrasante du nombre`. Il souligne les pertes importantes de l`aviation (4 avions, dont un bombardier TU 22). `Les forces russes ont eu à se battre dans un environnement d`infériorité technique`, a carrément affirmé l`analyste russe Konstantin Makiyenko. Un bilan partiellement repris par de hauts gradés, comme le général Popovkine.

Décidé à réagir, Moscou annonce un vaste programme de relance de l`industrie de défense. Mais là encore, Golts est sceptique car les bureaux militaires censés travailler sur de nouvelles armes s`appuient toujours sur des schémas soviétiques, nouveaux pour l`armée russe, mais déjà dépassés, affirme-t-il. Il explique aussi que pour construire les 1 500 pièces qui permettent la construction d`un avion moderne, existaient jadis des centaines de sous-traitants qui ont disparu dans la débâcle de la fin de l`URSS. Tout cela rend la relance d`une véritable guerre froide plus qu`improbable à court terme, juge-t-il. En estimant que, pour refaire de la Russie un véritable concurrent militaire de l`Amérique, il faudrait porter l`effort militaire à 40 % du budget national, contre 2,5 à 4 % aujourd`hui.

Le Figaro

Laure Mandeville
10/10/2008 ` Mise à jour : 00:13 `

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